Wes Anderson est enfin de retour avec Moonrise Kingdom. Le film a fait l’ouverture du 65ème festival de Cannes et est en salles depuis le 16 mai en France. Toujours très à l’écart des tendances hollywoodiennes, le réalisateur est apprécié pour son originalité tant dans la réalisation que dans le scénario. Moonrise Kingdom est un véritable condensé du brio de Wes Anderson.

Le film commence et déjà on contemple les plans larges et travellings d’une maison de campagne bien propre, bien rangée. Dès ces premiers plans on le sait : nous voilà tombés dans l’univers de Wes Anderson, un monde bien à part qui a tout du conte moderne.

En plein été, dans les années 1960, sur l’île de Nouvelle-Angleterre, Suzy et Sam, deux jeunes amoureux, fuguent pour se retrouver seuls. Le shériff, les parents de Suzy et le camp scout duquel Sam a fugué se lancent alors à leur recherche.

Pendant 1h30 nous allons regarder tranquillement, non sans émotions, toute la communauté insulaire s’agiter. Cependant la contemplation est courte, et vite commence la poursuite de ces enfants désireux de vivre libres. Car c’est bien une course qui s’installe dès le début. Une course opposant deux adversaires : les enfants et les adultes. Mais ce n’est que dans l’apparence que ces opposants sont enfants ou adultes. On confond vite les fugitifs voulant devenir adultes et libres et les poursuivants, adultes embourbés dans une vie monotone, envieux d’aventures que seuls les enfants peuvent vivre.

Deux gamins de douze ans pour personnages principaux : un pari risqué et néanmoins remporté par Anderson.
Ces deux enfants pas comme les autres, bizarres, marginalisés et mis à l’écart, se retrouvent pour fuir un monde qui ne leur convient pas. Face à eux, le monde des adultes avec un Bill Murray dépressif et Frances McDormand en mère blasée. Un couple atypique que viennent rejoindre un chef scout sans aucune assurance joué par Edward Norton, Bruce Willis en policier malheureux et une Tilda Swinton inexpressive, des Services Sociaux. En gros un monde pas bien joyeux qui aspire à s’échapper de son morne quotidien.

Tout ce beau monde gentiment dépressif est réglé comme une horloge. Des paysages bruts et naturels, un camp scout aux tentes alignées parfaitement, le cabanon isolé, carré et bien blanc de la police de l’île et une maison rouge. Une maison rouge où tout commence et où tout finit, un endroit dans lequel aucun livre ne dépasse de la bibliothèque, pas de jouets qui traînent par terre, des chaises rangées et poussées contre la table : une vraie maison de poupée. Pas de doute, c’est bien du Wes Anderson. Chaque objet a sa fonction esthétique dans chaque tableau que nous livre le réalisateur. Ses plans larges ressemblent à des photos, des photos épurées mais très habilement et géométriquement composées : l’esthétique du maniaque. Mais cet univers si propre et si bien ordonné va être habilement dérangé par l’arrivée d’une tempête. La plus grande que l’île ait jamais connu.

Moonrise Kingdom est un film simple dans sa réalisation, dans son action (attention, je ne dis pas que c’est moche et mou) : on n’est pas submergé d’effets spéciaux, de plans cut à répétition, … Techniquement n’importe qui aurait pu réaliser ce film … techniquement (n’est pas Wes Anderson qui veut). Cette simplicité donne l’impression d’un film dégagé de tout superflu, un film qui ne garde que l’essentiel : l’émotion, l’histoire et la beauté. On en ressort souriant, mais la larme au coin de l’œil, presque honteux d’avoir pleuré devant l’histoire si bien racontée de ces deux gamins et leur île atypique.