Amorcée par Shaun of the Dead et continuée par Hot Fuzz, la « trilogie symbolique Cornetto » se clôt désormais avec The World’s End (Le dernier pub avant la fin du monde en français). Trois films réalisés par l’anglais Edgar Wright qui jouit d’une grande réputation aussi bien dans son milieu qu’auprès du public éclairé (ou “geek” si vous préférez, mais le mot fâche).

En effet Georges Romero est tellement ravi par Shaun of the Dead qu’il fait figurer Wright (et Simon Pegg) dans Le Territoire des Morts. Quant à l’amour que lui porte le public “geek”, il n’y a qu’à se rappeler le grand accueil qu’a reçu Scott Pilgrim par cette sphère (même si les recettes au box-office furent bien maigres) ou, plus récemment, la salle pleine à craquer lors de la conférence du trio Wright, Pegg et Nick Frost au Comic-Con de San Diego.

Mais revenons à The World’s End. A la fin du lycée, une bande de cinq potes prévoit de faire le “Golden Mile”, un barathon des 12 pubs de leur village; seulement ils n’arrivent pas jusqu’au dernier. Vingt après, Gary King réunit la bande pour enfin réaliser l’exploit : “5 guys, 12 pubs, 60 pints”. Sauf que la petite ville de Newton Haven a bien changé depuis le temps, les habitants ne sont plus les mêmes.

Un mélange des genres

A première vue, suivre cinq mecs enchaîner les pintes de bar en bar dans un patelin anglais tient plutôt de la comédie moyenne une peu barrée, mais c’est sans compter l’ingéniosité et l’imagination d’Edgar Wright et de son acolyte scénariste et acteur Simon Pegg. Les simples retrouvailles entre vieux potes de lycées vont se transformer en une odyssée épique menant les protagonistes du First Post au World’s End. Et quand je parle d’Odyssée je me réfère bien à l’oeuvre d’Homère. Et on peut encore faire plus de parallèles avec les grands mythes antiques, enfin je crois que je m’emballe un peu donc je ne vais pas développer d’avantage.

Bref, ce qui est intéressant c’est la diversité des références et des inspirations. The World’s End mélange les clichés et codes de science-fiction à ceux de la comédie et du drame en y ajoutant des auto-références (le fameux Cornetto ou encore le gag de la clôture). Cependant et bien heureusement tout est amené avec légèreté et humour et presque toujours visuellement, exit le name-dropping.

Le troisième volet de la trilogie symbolique d’Edgar Wright n’est donc pas un film que l’on pourrait cantonner à un seul genre. De la même façon que Shaun of the Dead n’est pas juste un film de zombies ou Hot Fuzz un film policier, The World’s End n’est ni un film de SF, ni une simple comédie. Et c’est en cela que l’on peut réellement faire le lien entre les volets de la trilogie Cornetto : trois opus qui mélangent astucieusement les genres.

Un délire drôle et bien réalisé

Ainsi The World’s End est à la fois drôle et réfléchi, autant dans la réalisation que dans le scénario. Edgar Wright met encore à l’écran un bon gros délire poussé jusqu’au bout sans craindre la surenchère. Les scènes d’action sont extrêmement bien mises en place, pleines d’une adrénaline communicative; et le joyeux bordel des pub-fights nous est donné tel qu’on se l’imagine. Tout cela monté de façon presque aussi parfaite que Hot Fuzz.

Un délire assumé et très bien rythmé, l’avancée du début jusqu’au climax est progressive, très douce… voire trop. En effet quelques moments de latence constituent le défaut (mineur) du film, sans qu’ils conduisent pour autant à l’ennui.

Des pistes de réflexion subtiles

Mais les nombreuses scènes de combat ou de poursuites ainsi que blagues plus ou moins potaches n’empêchent pas une certaine réflexion. Derrière ce film d’action rondement mené et bourré d’humour se cachent de nombreuses thématiques sérieuses amenées par les personnages et les confrontations entre les uns et les autres. Des protagonistes fort bien écrits qui permettent de traiter des thèmes tels que l’opposition entre le monde adulte et adolescent, le fait de grandir, la nostalgie, la rancune, … 

Tout cela n’empiète pas sur la trame principale mais est développé de façon subtile afin de susciter chez le spectateur la réflexion plutôt que de lui cracher au visage une leçon de morale chrétienne.

Pour finir, parlons des acteurs. Un seul mot : parfait. Le casting est tout simplement extraordinaire, tous les acteurs sont excellents. Simon Pegg, Nick Frost et Martin Freeman (qui reste un peu sous-exploité) bien sûr, mais aussi David Bradley, Pierce Brosnan et la pléthore d’acteurs anglais. Les dynamiques entre les personnages sont tantôt hilarantes, tantôt émouvantes.

The World’s End n’est pas le meilleur film d’Edgar Wright mais s’impose néanmoins comme une bonne conclusion à la trilogie Cornetto. De la parodie au drame en passant par la comédie et la SF, les genres se mélangent à merveille dans cette oeuvre inclassable aussi drôle que touchante.