When Mexico sends its people, they’re not sending their best. […] They’re sending people that have lots of problems, and they’re bringing those problems with us. They’re bringing drugs. They’re bringing crime. They’re rapists. […] It’s coming from more than Mexico. It’s coming from all over South and Latin America.

Cette déclaration est tirée du discours d’annonce de candidature de Donald Trump à la présidence des États-Unis. C’est ainsi que, dès le début, le candidat républicain a clamé haut et fort sa haine envers les migrants latino-américains. Inutile de préciser que ces propos ont eu un impact fort sur les hispaniques habitant aux États-Unis, qu’ils soient citoyens américains ou non. Étant donné que les latinos forment la plus large minorité des États-Unis, s’attirer les foudres de cet électorat a tout d’une dangereuse stratégie. Pourtant Trump a balayé ses homologues Républicains et se retrouve désormais dans la dernière ligne droite à la présidence face à Hillary Clinton.

Alors que le dénigrement constant des latino-américains semble avoir bénéficié à Trump en fidélisant les racistes, suprémacistes et autres réactionnaires et conservateurs de tous bords, cela pourrait lui nuire dans la course finale. Effectivement, Clinton accueille à bras ouverts le vote latino républicain exaspéré par l’intolérance du milliardaire au blond toupet et résigné à se rallier au parti démocrate par simple réflexe défensif.

Le poids de la population latino

Plus de 56 millions de citoyens américains s’identifient comme latino-américains, c’est-à-dire 17% de la population. Les États où ils sont les plus nombreux sont le Nouveau-Mexique, la Californie, le Texas, l’Arizona et la Floride. La grande majorité de ces citoyens sont d’origine mexicaine, le reste se divisant principalement entre Porto-ricains (notamment à New-York), Cubains (à Miami), Salvadoriens et Dominicains.

Ces chiffres constituent un bon indicatif du poids de la population latino aux États-Unis mais on ne saurait réduire son importance à de simples statistiques démographiques. En effet, les hispaniques ont imprégné durablement la culture des États-Unis, ou du moins l’ont diversifié. La prolifération de l’espagnol est l’exemple le plus flagrant : c’est la deuxième langue la plus parlée aux États-Unis. Cela se retrouve dans la prolifération des médias et chaînes de TV en espagnol, la traduction de certains documents officiels ou administratifs, …

De plus, les latino-américains ont une certaine présence dans les institutions gouvernementale et dans la politique : Sonia Sotomayor, d’origine porto-ricaine, est juge de la Cour suprême, les sénateurs républicains Ted Cruz et Marco Rubio ou encore le sénateur démocrate Bob Menendez.

Avec une forte présence culturelle, politique, démographique et économique il est évident que les hispaniques jouissent d’une grande importance et qu’ils constituent une tranche de la population américaine que les politiques devraient séduire.

Diversité et importance du vote latino

La majorité des hispaniques a voté démocrate aux élections présidentielles depuis 1980. La création et le développement de programmes sociaux pour les familles pauvres latinos, une politique migratoire ouverte et des efforts constants pour « intégrer » les hispaniques peuvent expliquer la préférence pour le parti démocrate.

Néanmoins on ne saurait trop généraliser et les élections présidentielles ne sont qu’un indicateur parmi tant d’autres. Le vote latino est très varié – voire polarisé – selon l’origine et le lieu de résidence.

Par exemple, les cubains de Miami sont connus pour être un électorat particulièrement conservateur étant donné qu’ils sont fondamentalement anti-communistes et rejettent par analogie tout ce qui ressemble de près ou de loin au socialisme. Néanmoins, cette analyse ne fonctionne plus pour les enfants et petits-enfants de ces immigrés politiques cubains qui n’ont plus aucune raison de cultiver ce sentiment de revanche.

La religion joue aussi un rôle important dans l’affiliation politique, surtout pour les américains d’origine mexicaine, à majorité catholique et très attachés à leur culte ainsi qu’aux dogmes qui l’accompagnent. Le rejet de l’avortement et du mariage homosexuel sont deux points sur lesquels s’entendent les latinos catholiques et les conservateurs républicains.

Cependant la politique migratoire est le sujet prédominant qui influe le plus sur le vote latino et va faire pencher la balance du côté démocrate ou républicain. Voilà pourquoi il vaut mieux éviter de mépriser les journalistes latinos, être fier de vouloir construire un mur à la frontière sud tout en insultant les Mexicains ou simplement réduire la culture hispanique à un « taco bowl ».

Anti-Trump plutôt que pro-Clinton

L’électorat latino a toujours été considéré par les hommes et femmes politiques comme passif, certes un atout mais pas une force nécessaire. Un article de CNN se demande si ce « géant dormant » va enfin se réveiller et choisir le prochain président. Aujourd’hui la réponse est claire. Trump a poussé les hispaniques à bout, chaque jour qui passe depuis qu’il s’est présenté et chaque déclaration insultante envers les latinos a renforcé la détermination de cette communauté à l’empêcher de devenir président. Ceux qui ont une carte verte se ruent aux bureaux du service d’immigration et demandent la citoyenneté pour pouvoir voter.

73% des votants hispaniques considèrent que Trump est raciste. Pas besoin d’aller plus loin que la haine propagée par le magnat de l’immobilier pour expliquer que 67% des latinos prévoient de voter pour Clinton, considérant que cette élection est plus importante que les précédentes.

Ainsi, pour l’élection présidentielle de 2016, le ralliement des citoyens américains d’origine latino-américaine à Hillary Clinton ne trouve pas tant sa justification dans une préférence pour le parti démocrate (même si elle existe) que dans la nécessité fondamentale d’éviter que Trump arrive au pouvoir.

PS : Les termes latino, latino-américains et hispanique ont ici tous le même sens, c’est-à-dire relatif aux habitants des États-Unis s’identifiant comme étant d’origine latino-américaine

Marti Blancho


Pour aller plus loin :

    • Mexico’s Economic Dilemma de James M. Cypher et Raul Delgado Wise : l’immigration mexicaine a rapporté 340 milliards de dollars aux États-Unis entre 1994 et 2008

Article initialement publié sur La Plume de Céryx