La Cour d’assises de Bordeaux a condamné Vincent Leroyer à douze ans de prison. L’ex-champion de natation a été reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans.

Vincent Leroyer doit tourner la tête et lever les yeux pour voir l’avocate générale, Martine Cazaban, qui s’adresse à lui d’un ton sec et sévère. “C’était votre cadeau d’anniversaire hier. Vous fêtez vos 61 ans le jour où vous rencontrez et écoutez vos victimes témoigner.” Caresses, attouchements, fellations, pénétrations : l’avocate générale reprend les dires des cinq victimes. Elle brosse le portrait d’un homme à deux visages. Celui de l’entraîneur du Hockey Club de Rouen, adulé par les enfants, et celui du pédophile calculateur, “qui se rendait disponible aux familles pour atteindre ces enfants.”

Mme Cazaban se tourne ensuite vers les jurés pour résumer les faits reprochés à l’accusé : agressions sexuelles et viols sur mineurs de moins de 15 ans. Elle prend soin de bien expliquer la différence entre l’agression sexuelle, qui est un délit, et le viol, qui est un crime. Le langage juridique est obscur et afin d’illustrer ce qui caractérise le viol, la magistrate s’appuie sur des exemples précis. Alors qu’elle détaille les faits subis par les victimes, un des parents étouffe quelques sanglots. Mme Cazaban continue son réquisitoire et finit en demandant douze à quatorze ans de réclusion criminelle. Après trois heures de délibération, les jurés vont suivre cet avis et condamnent Vincent Leroyer à douze ans de réclusion. Cette décision vient clore trois jours de procès et une affaire judiciaire qui aura duré dix ans, sur des faits qui remontent à 1986.

En 1986, Vincent Leroyer a 28 ans et travaille au Hockey Club de Rouen, comme entraîneur des joueurs professionnels. Un poste qui lui confère un certain prestige auprès des plus jeunes du club. Il devient rapidement une figure tutélaire et gagne la confiance des familles où le père est souvent absent : “Papa sortait à 7h et rentrait à 22h, il n’était jamais à la maison”, explique une des victimes. Toutes s’accordent à dire que l’accusé faisait tout pour bien se faire voir : les aider à faire leurs devoirs, les accompagner aux entraînements… Une marque d’“affection pour les gamins du club” avec lesquels il partageait une certaine “tendresse” selon une des psychologues appelées à la barre. Un véritable stratagème de séduction, d’après les victimes : “Vincent Leroyer s’arrangeait pour aller dans la maison familiale et avoir la permission de coucher l’enfant. Puis il me masturbait.

Pendant dix ans, l’entraîneur du club de hockey répète ces agressions sexuelles –dont un viol- sur les cinq victimes, âgées de 6 à 14 ans pendant les faits. Les enfants ne parlent pas, les parents ne se doutent de rien. Vincent Leroyer est le véritable ami des familles, il s’occupe de border les gamins le soir et les emmène dormir chez lui de temps en temps. Il les touche de façon presque systématique. Tout s’arrête brusquement en 1996 avec son départ de Rouen, due à une procédure de licenciement collectif du club de hockey.

Il aura fallu 12 ans aux victimes pour mettre des mots sur ce qu’elles ont subi. En 2008, une d’entre elles, alors père de famille, réalise qu’il n’arrive pas à avoir de contacts physiques avec sa propre fille. Il se rend compte du trauma psychologique vécu dans son enfance et décide de contacter un ami de l’époque, lui aussi victime des mêmes attouchements. Ils en parlent et décident de dénoncer les faits. L’enquête est lancée. Elle débouche sur la garde à vue de l’ancien champion de natation reconverti en entraîneur, en 2013, puis sur son placement sous contrôle judiciaire en 2014. La condamnation de Vincent Leroyer à douze ans de réclusion criminelle permet aux victimes de mettre enfin un terme à cette affaire. Lorsque le président leur demande ce qu’elles attendaient du procès, l’une d’elles répond : “J’attends de commencer à vivre.”

Marti Blancho


Article initialement publié dans le numéro 712 d’Imprimatur, journal de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA).